mardi, février 17, 2009

Adamito : "Je suis indésirable dans le champ politique"

Les Interviews du Politoconaute


Les interviews du politiconaute … un peu pompeux comme titre pour la série d’échanges que je lance sur ce blog. Il s’agit d’un cycle d’interview des bloggeurs politiques marocains, et comme il n’y en a pas des masses, des interviews politiques de bloggeurs Marocains (ou plus exactement de membres de la blogoma, puisque la nationalité n’est pas un critère ici).

Merci à tous ceux qui ont accepte ou qui accepteront de se prêter au jeu.


Apres l’un des doyens de la blogoma, c’est un de ses plus jeunes représentant qui prend place sur le fauteuil de l’interview du politiconaute. Adamito

Lorsque je suis tombe sur le blog de Adamito en 2007, j’avais été impressionné par la lucidité de cet jeune lycéen dans sa manière de voire et d’analyser ce qui se passe dans son Maroc.

Aujourd’hui, Adamito a peut être perdu son visage d’adolescent… Mais sa frimousse colle toujours pas avec son nouveau statut d’étudiant-Entrepreneur … Oui, oui, Adamito s’est lancé dans les affaires. Avec son associe, il veut offrir une plateforme éducative pour ses anciens copain du lycee. 9rayti.com, original comme nom, vous ne trouvez pas!

Mais Adamito souffre, comme beaucoup de marocains de sa génération, et comme beaucoup de ses aînés aussi, d’une allergie de la chose politique. Allergie que le champ politique marocain semble lui rendre si bien.


Politiconaute : Alors Adamito, tu vas enfin voter cette année ? ca te fait quoi d'avoir enfin accès à la pleine citoyenneté en ayant le droit de t'exprimer et d'élire ton élu local ?

Adamito : Si je vais aller voter cette année, c'est un peu par défi, puisque en tant que jeune j'ai l'impression d'être indésirable dans le champ politique (même si je n'ai pas forcement envie d'y être !), comme d'autres champs.

Quant au sentiment de pouvoir voter, ça n'a rien de bien spécial. Peut être parce que je trouve cela normal, un droit !

Oui, mais d'autre diront aussi que tu dois un peu faire le premier pas vers le monde politique, n'est pas la le rôle d'un jeune citoyen … N'as-tu jamais pensé a toquer la porte d'un parti politique … a soutenir un candidat, un projet … il y en a tellement, pour tous les gouts et toutes les couleurs?

Je ne suis pas certain de vouloir rentrer de cette manière dans la vie politique, à cet âge je ne pourrai être que le énième pion d'un parti ! J'ai peut être tord, mais c'est ma vision des choses ! Je me dis que si un jour je fais partie de ce monde là, ça serait en tant que technocrate :)

Que peut bien penser un jeune homme de 18 ans de la situation politique de son pays ?

A cet âge on a une opinion mitigée, des fois on se dit être chanceux puisqu'il y'a quand même une certaine stabilité politique au Maroc mais des fois, et c'est plus fréquent, on s'énerve puisque le rythme du changement est lent pour ne pas dire nul et à chaque fois on regrette de ne pouvoir faire avancer les choses en tout cas pas maintenant !

Pourtant ce ne t'empêches pas de te lancer dans des projets très citoyen. J'ai vu ton projet 9rayti.com, est ce que tu peux nous en parler ?

9rayti.Com est une plateforme éducative qui a pour but de rassembler des contenus éducatifs et d'offrir des conseils en orientation aux lycéens marocains. Nous mettrons bientôt en ligne une nouvelle version avec un annuaire d'écoles supérieures et nous avons d'autres projets pour le court terme.

9rayti.Com a certes une dimension citoyenne, mais c'est un projet commercial de Ping Agency une agence de communication spécialisée dans le secteur l'éducation que j'ai crée avec mon ami Mohammed Aanga.

Tu te fais du pognon sur le dos de pauvres lycéens ? Mahchemtich !!!!

C'est du gagnant-gagnant ! Nous travaillons depuis 6 mois sur ce projet et nous comptons continuer.

Le fait d'avoir un business plan ne fait qu'assurer la pérennité du projet, sans cela ça s'arrêtera un jour et ça serait regrettable !

Tu parles déjà comme un politicien ! Sincèrement, ca te rapporte quoi de faire partie des bloggeurs les plus célèbres de la blogoma ? Est-ce que ca aide cote filles au moins ?

Faire partie de la blogoma est une manière simple de se créer un réseau constitué de personnes plus ou moins actives et influentes, cela m'aide beaucoup actuellement.

Par rapport aux filles, ça les impressionnent peut être au début, mais faut pas compter dessus, parce que ça dure pas longtemps !

Entrepreneur ca marche plus j'imagine, surtout quand tu as la voiture qui va avec ? a propos, qu'est ce qui, selon toi, a fait que tu a plus le profil d'un Steve jobs que diplôme chômeur se faisant tabasser devant le parlement 3 fois par semaine ?

C'est peut être parce qu'à 14 - 15 ans, je savais déjà que je voulais travailler dans le domaine d'Internet et de la communication de manière générale. Beaucoup d'événements se sont enchainés depuis ! J'ai beau y réfléchir, il y'a rien d'autre de bien spécial dans mon parcours ! Je suis enfant d'une famille assez modeste mais je dois dire que mes parents ont fait pas mal de sacrifices pour moi et mes deux frères.

Tu le vois comment le Maroc en 2020 ? Et tu t'y vois comment dedans ?

Je ne suis pas pessimiste mais pas trop optimiste non, je m'attends à qu'il ait pas mal de changements et je pense que je vais y participer directement ou indirectement !

Le p’tit truc rapide sur Adamito

Le meilleur homme politique du Maroc : Aucun !

Le pire : Le Marocain :)

L'homme de l'année 2008 : Fouad Ali El Himma, un pro de la com !

La femme de l'année 2008 : Ma mère !

Le blogueur de l'année : Laurent Bervas qui utilise les blogs de manière très professionnelle et ciblée

Mon meilleur post : Le prochain !

dimanche, février 15, 2009

Liberté de la presse : un nouveau pallié franchi avec l’affaire Al Ayam

Certains se sont élèves il y a quelques jours sur le dernier « rapport » du Centre de Doha pour la liberté de la presse, le tout nouveau joujou que l’Emir du Qatar a mis entre les mains d’un Grand Ami du Maroc, Robert Menard. Devant un rapport très léger a peine digne d’un joli travail d’étudiant, certains ont vu un réel travail de sape de la procession démocratique du Maroc et de son incommensurable liberté d’expression. Lire edito sur Le Matin (ici)

Aussitôt fait, Le rédaction d’Al Ayam fait les frais encore une fois d’un grave atteinte à la liberté de la presse et a une intimidation en règles des services sécuritaires du Maroc, histoire de rappeler un peu a tout le monde que 2009 risque bien de ressembler a l’année précédente en matière de liberté de la presse.

En gros, Al Ayam préparait un dossier sur la mère du Roi, avec comme scoop, une photo de Lalla Latifa (waw quel scoop). Chat échaudé craignant un vaporisateur, (Noureddine Miftah, Directeur de publication et sa rédactrice en chef ayant déjà été condamne à une peine de prison- 4 mois- avec sursis pour publication de photos de la famille royale sans autorisation) décide de demander officiellement le feu vert du palais. En guide de refus, il reçoit 30 inspecteurs très remontée qui agissent comme s’il cherchait la tête pensante des attentats du 11 septembre. Perquisition, long interrogatoires, écoutes téléphoniques, On a même utilisé de la localisation GPS pour savoir ou se trouver si Miftah (un simple coup de fil aurait certainement suffi)…

Miftah et Sa rédactrice en chef se retrouvent ainsi avec le risque de se voir non seulement condamner pour une crise d’intention éventuelle de lèse Majesté, mais aussi, de devoir accomplir sa peine en sursis.

L’affaire Al Ayam démontre entout cas une chose : La « famille Royale », en tout cas son entourage très proche n’est pas finalement complètement étranger a la multiplication des condamnations aux différents « crimes » de lèse majesté enregistre ici et la, que ce soit contre la presse, les bloggeurs ou encore de simple citoyens. Si on a souvent reproché a cet « entourage » de ne pas réagir rapidement lorsque les services sécuritaires ou la justice s’emballent un peu trop vite, il quasiment sur aujourd’hui que la cabale, pour le moment policière, contre Al Ayam a été « suggérée » par ceux-là même qui ont été approchés pour approuver le dossier.

Autre conclusion à tirer de cette nouvelle malheureuse affaire : il y a une intention délibérée de faire étalage public du pouvoir de nuisance de ceux qui s’érigent (ou se sont érigés) comme gardiens du temple des sacralités de ce pays. Alors que je pouvais admettre parfois que certaines affaires avaient été « grossie » par des juges, procureurs ou préfets de police voulant faire étalage de leur zèle pour bien se faire voir par certains « cercles » du pouvoir, il aujourd’hui claire que ces même cercles réclament, pour ne pas dire exigent ces excès.

Troisième déduction à faire, et c’est peut être la plus dangereuse : Le Maroc vient de faire un nouveau pas en arrière en matière de liberté de la presse… et il s’agit la d’un sacré pas : nous sommes revenus a la censure a Priori. En effet, on a jusque la attendu la publication des articles objets du « délit » avant d’enclencher la machine répressive. Ce n’est plus le cas aujourd’hui puisque Al Ayam n’a pas eu la chance de publier quoi que ce soit.

jeudi, février 12, 2009

Prénoms : Liste ou pas liste ?

C’est pour le moins « confusant » comme dirait l’autre … il est impossible de savoir si la fameuse liste restrictive des prénoms jadis dressée par un certain Driss Bassri est toujours en vigueur ou pas ? est-ce qu’il y a une autre liste des nom interdit ?, ou encore est ce que le tout est laisse a la discrétion de l’officier de l’Etat civile de votre circonscription couplée avec la générosité de celui qui effectue les modalités d’enregistrement …

Officiellement, « Le prénom choisi par la personne lors de la déclaration de naissance doit présenter un caractère marocain et ne doit être ni un nom de famille, ni un nom composé de plus de deux prénoms, ni un nom de ville, de village ou de tribu, comme il ne doit pas être de nature à porter atteinte aux bonnes moeurs ou à l'ordre public. Il ne doit comporter aucun titre honorifique tel que «moulay » « sidi » ou « lalla ». (service-public.ma) bien évidement, le caractère marocain est laisse a la bonne/mauvaise appréciation de l’officier d’état civil … En cas de discordance de point de vue entre les parents et l’officier sur le degrés de marocanité d’un prénom, on peut s’adresser a une Haute commission qui elle statue de définitivement sur l’acceptation ou pas du prénom. La décision de cette commission est bien évidement révocable devant le tribunal administratif. Chakib Benmoussa s’était même déplacé a l’hémicycle en mai dernier pour réaffirmer tout cela. La législation avait été changée en 2003 disait-il.

Pourtant, nombre de personne se sont vu refuser des prénoms par les officier d’état civil au Maroc et a l’étranger. La problématique se pose quasi-systématiquement pour les prénoms berbères. « Illy », « Tamalout », « Massinissa » et autre « Yougherta » sont juges ainsi pas très Marocain (sic !) ou encore pas musulman (sic deux fois !!). Les doubles prénoms ne sont pas non plus automatiquement acceptés. Pour certains officiers d’état civil, seuls les prénoms composés du genre «Fatima-Ezzehra » ou « Mohamed Amine » seraient ainsi admis. Enfin, beaucoup de prénoms dit modernes « lydia » ou « Sina» requièrent un graissage de pate systématique pour défaut de marocanité.

Souvent, les officiers d’état civils se cachent derrière l’existence de la fameuse « liste Basri » (qui officiellement n’existerait pas et n’aurait même jamais existé). Pourtant, à Bordeaux, le consul local n’est pas tout a fait de cet avis. Puisque pour lui, il existe une liste provisoire Exhaustive des prénoms. Un autre juge a Larache partage cet avis puisqu’il a récemment refusé le prénom « Illy » car il ne figure pas sur la liste …

La problématique des prénoms berbères implique forcement un aspect politique, culturel et religieux certain. L’Etat ne veut pas céder aux revendications culturelles amazighes, et l’histoire des prénoms fait partie du lot. Traiter de la problématique en dehors de cet aspect ne serait pas juste - Même si la majorité des amazigh marocains préfèrent de loin des noms a consonance arabe.

Mais il n’empêche, il s’agit la d’une atteinte grave au respect de l’identité culturelle d’une minorité très majoritaire des marocains. Ce débat s’est intensifie dernièrement chez la communauté marocaine a l’étranger, notamment en Hollande ou Rouaffa sont en grand nombre. Le Maroc aurait même durci sa position récemment a en croire la déclaration d’un responsable marocains rapportée par le quotidien néerlandais Trouw: « Nous interdisons les prénoms berbères parce qu’ils ne sont pas en accord avec l’identité, et parce qu’ils sont une porte ouverte à la prolifération de prénoms dépourvus de sens. » (Article en français ici). Le Maroc aurait, toujours selon l’article envoyé une liste de prénoms interdits a toutes ses chancelleries. Chose que m’a confirmé indirectement le consul local lorsque je me renseignais sur la liste des documents nécessaire pour l’enregistrement d’un nouveau né : « on a reçu des instruction fermes par rapport aux prénoms » m’a-t-il dit.

Même si la procédure de recours existe, elle est tellement compliquée, longue et décourageante, que les gens finissent par laisser tomber et se plier au trax culturo-religieux qui s’efforce à noyer l’identité Amazigh par un l’hégémonie culturelle arabe qui agit sous couvert de la religion.

Donc a moins d’opter pour un prénom commun, arabe et a connotation musulmane, vous risquer de facilement de faire de votre nouveau né la victime très prématuré de la bureaucratie, de l’incompétence, de la corruption, de l’arbitraire et de l’injustice qui regne au Maroc : une belle manière de lui dire « bienvenue dans Tonplusbeaupaysdumonde »