jeudi, avril 16, 2009

Larbi : mon rêve c’est d’être un jour maire d’une petite ville, genre Oued Zem ou Ksar Lekbir

Les Interviews du Politoconaute


Les interviews du politiconaute … un peu pompeux comme titre pour la série d’échanges que je lance sur ce blog. Il s’agit d’un cycle d’interview des bloggeurs politiques marocains, et comme il n’y en a pas des masses, des interviews politiques de bloggeurs Marocains (ou plus exactement de membres de la blogoma, puisque la nationalité n’est pas un critère ici).

Merci à tous ceux qui ont accepte ou qui accepteront de se prêter au jeu.

Il est vraiment inutile de préciser qu’il est inutile de présenter Larbi… D’ailleurs il serait plus intelligent de me présenter moi-même dans cette interview a ceux qui atterrirait sur cet espace pour y lire l’interview du bloggeur le plus célèbre de la Blogoma.

Passage obligé de tout bloggeur qui se respecte Larbi.org est devenu au fil du temps une véritable institution. Pour se faire connaitre, bloggeurs, commentateurs et trolleurs doivent se distinguer chez lui. Le nec-plus-ultra c’est de « preumser ». Khlass, lorsqu’on est backlinker, on fait la fête.

Mais Larbi n’a jamais pris son succès blogomatique au sérieux, même lorsque Telquel l’a listé parmi les 100 qui font bouger le Maroc en 2007 et encore moins lorsqu’il est logiquement désigné meilleurs bloggeur de l’année en 2008.

L’humilité de Larbi n’a d’égale que sa colère lorsqu’on touche a un cheveu d’un bloggeur, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs. Il est souvent le premier à prendre la défense des victimes de la cyber-censure, le dernier à lâcher prise dans ce genre d’«affaires». La défense de la liberté d’expression est érigée en doctrine chez larbi.org, même lorsqu’il s’agit de Rachid Ninni !

Ente deux « affaires » Larbi offre un peu de tout a ses nombreux lecteurs … Parfois, il commet des petites perles. Parfois il jette des piques aux personnages politiques qu’il ne porte pas dans son cœur. Parfois, il partage et commente une info, une vidéo, un article … Parfois, il nous bluff vraiment avec des sujets aussi marrants qu’intéressants, mais surtout diaboliquement documentés.


Politiconaute : Il paraît que tu te présentes aux prochaines élections communales ? C’est sérieux ?

Larbi :Ca pourrait arriver un jour. Je dis souvent à mes amis que mon rêve c’est d’être un jour maire d’une petite ville (genre Oued Zem ou Ksar Lekbir :) pour la transformer et mettre l’action des élus locaux au service des citoyens pour améliorer leur quotidien.
A y réfléchir sérieusement, un élu local ou un maire à plus de possibilités d’agir et changer les choses au niveau de sa commune. Et j’irais même jusqu’à dire plus qu’un député au parlement qui, au niveau national et en l’état actuel des institutions ; n’est là que pour la figuration politique.

Mes sources m'ont aussi rapporte que tes attaques lancées contre El Yazami (on t’accuse d'ailleurs de fomenter toute cette grande cabale contre le président du CCMRE traduit une ambition personnelle. Tu veux prendre son siège, n'est ce pas ? Mqodom de la Blogoma ne te Suffit plus, tu veux être le parton des Zmagriya aussi ?

Parler d’attaques lancées contre El Yazami est un peu exagéré et pour cause j’ai écrit un seul billet concernant le conseil y a quelques semaines et ce après un plus d’un an de sa création ! Il ne faut y voir aucun mépris mais la seule chose que m’inspire le CCMRE est l’indifférence. Comme beaucoup de MRE d’ailleurs ! On me proposerait de siéger dans ce conseil je refuserai. Parce que je ne serais pas utile aux MRE. Parce qu’ensuite je crois profondément au suffrage universel. Quand on veut représenter une communauté on doit se soumettre au suffrage des électeurs, le seul à mon sens à donner une légitimité à ses représentants. Il n’y a pas plus dangereux que la multiplication des commissions et des conseils dont les membres sont désignés et non élus. Je trouve cela très insupportable.

Tu préférais donc que les Marocains du monde soient représentés directement au parlement ? Ne crains tu pas que, comme les marocains du Maroc, que les MRE de retrouvent représentés par des gens qui vous défendent plus leurs propres intérêts que ceux de la communauté qu'ils sont censés représenter?

T’es sympa toi. A t’entendre Mahdi, un représentant désigné est forcément plus intègre et compétent qu’un membre élu :)
Je préfère plutôt un conseil indépendant des Marocains de l’Etranger dont les membres, une cinquantaine, sont élus dans des circonscriptions définies selon les pays d’expatriation. Ce conseil pourrait alors élire une dizaine de représentant au parlement. C’est à mon sens le seul mode qui tient compte du fait que la diaspora est dispersée dans le monde et qui respecte la règle du suffrage universelle.
Que les élus privilégient leurs intérêts personnels sur ceux électeurs, ça ne concerne pas que les MRE. Il faudrait commencer par réhabiliter le suffrage universel, après les gens apprendront à assumer leurs responsabilités et à n’élire que des gens intègres et désintéressés. S’ils se trompent une fois, ils voteront mieux la suivante, on ne refait pas deux fois la même erreur. Cela a un nom : l’apprentissage démocratique. Et ce n’est pas en désignant et en nommant des représentants administratifs qu’on va y arriver.
Je m’en tiens à un exemple. Parmi « nos » représentants de France, il y a une certaine Najat Belkacem conseillère régionale socialiste et proche de Ségolène Royal. Madame Belkacem ne fait jamais référence à cette fonction et ne l’assume pas. Le comble, elle évite même de la mentionner car elle ne veut pas (ou ne peut pas) être considérée comme Marocaine même à moitié. Et je comprends cela, c’est un frein pour ses ambitions politiques, tout le monde connaît la fixette que font les Français sur ce volet. Un jour on l’a nommé représentante des MRE, je ne sais même pas si on lui a demandé son avis, ca s’est arrêté là: un nom dans une dépêche de la MAP. Je crois même qu’elle a oublié qu’elle fait partie de ce conseil. C’est comme ça qu’on se retrouve avec des représentants fantômes assumant des responsabilités fictives.

Tu fais beaucoup de politique sur ton blog ... et disons que tu ne caresses pas dans le sens du poil... tu n'a jamais peur de te faire encadrer par deux flics lors de ton prochain passage au Maroc, et de subir un interrogatoire ...enfin un vrai ?

Effectivement j’ai eu peur deux fois au passage aux frontières. La première c’était sur les frontières entre la Syrie et le Liban et la deuxième à l’aéroport de Carthage à Tunis. Dans les deux cas, c’était parce que je ne savais pas à quoi m’attendre et parce que des amis m’ont déconseillé d’y aller. Mais ça c’est bien passé.
Au Maroc jamais, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit. Au contraire dès que les policiers aux frontières jettent un coup d’œil sur ma fiche ils deviennent sympas tout d'un coup et il me donne du «ssi larbi » et du « oustad larbi ». Je suis bien curieux de savoir ce qu’il y est écrit.
Ceci dit s’il faut passer un jour par la case interrogatoire, pourquoi pas. Je n’en ferais pas motif de gloire mais ça serait une expérience humaine intéressante à vivre :)

Revenons un peu a la Blogoma... tu ne trouves pas un peu qu'elle est politiquement trop molle ... pourtant, il y a encore de la marge ... entre le discours le plus virulent et "Erraji", il y a comme même un grand no man’s land que la blogoma ne revendique pas?

Contrairement à beaucoup de pays de la région, les blogs au Maroc ont cela de particulier : ils sont venus après la vague de la presse indépendante au Maroc qui a déminé un peu le terrain du débat politique et arraché beaucoup de concessions et d’espaces de liberté. J’ai cette impression un peu paradoxale : les bloggeurs se sont contentés des limites que ces journalistes se sont tracées, ils n’ont pas voulu faire mieux. Et ce à l’inverse de beaucoup de pays du monde arabe ou les citoyens se sont appropriés l’espace ne serait-ce que pour chuchoter ce qu’ils ne peuvent pas dire en public.
Mais on ne peut pas parler de ce sujet sans évoquer l’environnement institutionnel. Le « no man’s land» dont tu parle est constitué de cela : une architecture constitutionnelle concentrant le pouvoir aux mains d’un seul homme, le Souverain, seul acteur de l’état monopolisant toutes les décisions et actions de l’Etat. L’Etat c’est lui. Les autres acteurs politiques se contentent du rôle de figurants, qui n’osent même pas utiliser le pronom personnel je et qui se sentent obligés de rajouter « selon les instructions royales » à chaque début de phrase. Tenez les gens de l’USFP, ils ont tenu un congrès, ils ont décidé qu’Erradi démissionne, il a présenté sa démission et le roi a dit non. Comme seule la parole du roi compte, la décision de la base et l’encadrement socialistes a été envoyée aux oubliettes.
Ceci a deux conséquences sur les bloggeurs et plus généralement les commentateurs de la vie politique. La première est l’absence de la matière, les événements politiques au Royaume se réduisent aux activités royales, le reste ça n’a pas d’importance. La seconde en décolle : si on veut être honnête avec soi, parler de l’action publique au Maroc revient à parler des actions du Roi du Maroc ou alors ça serait bouter en touche. Mais on sait tous que c’est un terrain miné, parce qu’il y a la fameuse sacralité du roi, parce qu’il y a un arsenal juridique lourd et liberticide contrôlant tout ce qui touche à la critique du roi.
Voilà comment on étouffe le débat public et on le tue. Certains commentateurs marocains sont virulents, pertinents et courageux quand il s’agit de parler de la politique française ou américaine mais dès qu’il s’agit du Maroc c’est le conservatisme et la mollesse des idées et de la pensée. Certains commentateurs marocains sont courageux et pertinents quand il s’agit de dénoncer l’intégrisme religieux qui sacralise tout, à tout bout de champs, mais dès qu’il s’agit de l’intégrisme institutionnel, ils se surpassent pour justifier la sacralisation de tout ce qui concerne la monarchie, à tout bout de champs.
Un peu comme Dr Jekyll et Mister Hyde.

Serais tu entrain de regretter de ne pas avoir des bloggeurs prisonniers Larbi ?

Lolll. J’ai du mal avec les choix binaires. Ce que je comprends de ta question c’est que j’ai laissé entendre qu’au bien une blogosphère a des prisonniers et elle est libre, ou bien elle n’en a pas et elle est molle. Ce n’est pas du tout le fond de ma pensée.
Par contre qu’il y ait davantage d’espaces de liberté à conquérir, ah ça oui ! Je le pense profondément. Peut-être il faudrait juste sortir de la culture d’affrontement et pacifier, voire banaliser, l’expression libre et diversifiée. Ne pas criminaliser tout ce qui ne colle pas avec le communément accepté. Si 99,99% des Marocains disent que le ciel est jaune, le petit 0,01 % des gens qui pensent qu’il est vert doivent pouvoir le penser et le dire.

Tu penses un jour rentrer définitivement au Maroc ... Quelles seraient les conditions satisfaisantes pour envisager un retour au Maroc ?

En ce qui me concerne la question ne se pose pas comme ça. Je suis entre deux pays, ni totalement de ce côté ci de la rive, ni totalement de l’autre. Parfois même entre plusieurs pays durant une seule semaine.
Dans l’imaginaire collectif on pense toujours à l’immigré des années 70 qui s’installe en France, qui vit sur le rêve du retour et qui rentre chaque été au pays avec voitures et bagages. On n’en est plus dans ce schéma.
Aujourd’hui, on peut prendre l’avion un vendredi soir pour le Maroc et rentrer dimanche après y avoir passé le week-end. C’est plus fréquent, plus régulier. C’est peut être même plus facile que pour quelqu’un qui travaille à Azilal et qui a ses attaches à Tanger par exemple. Et avec les nouveaux outils de communication, on ne sent même pas la notion de frontière ou de distance. C’est peut être pour cela que je ne me considère jamais comme MRE, que mes lecteurs ne savent même pas de quel pays j’écris tel ou tel billet.
Concernant les « conditions satisfaisants » comme tu dis, et pour ne parler que de mon cas, le fait que ma résidence principale est Paris et pas Casablanca n’a de motif qu’un choix personnel dicté par des considérations privées qui n’ont aucun lien avec une situation politique ou socio-économique du Maroc.

Si tu avais une baguette magique pour changer trois choses au Maroc ?

Difficile de te répondre. Je ne crois ni aux hommes providentiels ni aux baguettes magiques. Alors je vais me contenter de former trois vœux. Le premier, un sujet qui me tient à cœur, est de réformer la constitution. Je crois qu’un consensus peut être trouvé sur une architecture ou le roi a un domaine réservé (défense, affaires extérieurs, religion,…) et où le premier ministre est responsable avant tout devant le parlement d’où il tire sa légitimité et conduit seul l’exécutif et la politique socio-économique du pays. Ca serait un grand pas vers une monarchie parlementaire.
Le deuxième concerne les libertés publiques et individuelles ; je forme le vœu que l’Etat garantisse à chacun le droit de vivre et de s’exprimer librement et que la société respectent la dignité des gens tels qu’ils sont.
Le troisième, est un peu plus personnel, qu’il y ait une obligation de soigner et de secourir tout le monde surtout les laissés-pour-compte ! Que nul ne mourra devant un hôpital faute d’avoir les moyens de se soigner. Et peut-être devrais-je commencer par cela car c’est de vies humaines dont il s’agit.

Le p’tit truc rapide sur Larbi

nnée?
Aucun homme politique marocain n’a marqué, à mon sens, l’année.

Le pire ?
Fouad Ali El Himma pour son OPA politique qui rappelle d’autres temps qu’on croyait révolus


L’homme de l’année 2008?

Ce n’est pas un marocain mais je dirais bien Barak Obama. Parce qu’il est noir et il est président des USA. Et parce que les hommes qui peuvent susciter autant d’espérances, en cette période de crise, ne courent pas les rues.
Au Maroc aucun nom ne me vient spontanément à l’esprit. J’aurais bien aimé citer Aboubakr Jamaï mais il fait sa traversée du désert.

Le bloggeur de l’année
Mohamed Erraji. Parce que les quatre jours de prison lui valent bien ce titre. Et parce que je n’ai pas apprécié les commentaires dont il a fait l’objet de certains bien-nés qui lui ont dénié le droit à la dignité parce qu’il est issu d’un milieu modeste et parce qu’il est salarié dans un hammam au Maroc profond.

Ton meilleur post?
Je ne sais pas je les ai jamais évalués. Peut-être parce que je sais que je suis le pire de mes juges :)

10 commentaires:

mounir a dit…

Très réussi mes amis.
Je sursaute sur un sujet : "Contrairement à beaucoup de pays de la région, les blogs au Maroc ont cela de particulier : ils sont venus après la vague de la presse indépendante au Maroc qui a déminé un peu le terrain du débat politique et arraché beaucoup de concessions et d’espaces de liberté." : je rajoute que beaucoup de blogueurs, ayant été dans la situation décrite, ont finalement rejoint cette presse dite indépendante, parce que finalement, on n'a pas réussi à inventer un autre schéma. Le dernier n'est autre que Erraji.

hmida a dit…

@ Larbi

Maire d'une petite ville? OUI, c'est très sympa! Encore faut-il que les gens votent pour t'élire!

Je note juste une petite contradiction, puisque tu n'es pas très porté sur le vote, tu le trouves "inutile"...

Aurais-tu la recette magique pour que les gens votent pour toi?

Larbi a dit…

@Mounir : bien vu !

@Hmida : comme je l’ai signalé la phrase anecdotique est réductrice. Et je vois que tu sautes sur l’occasion pour me faire légitimer le processus en cours :)
bien entendu il ne s’agit pas pour moi de se présenter à une quelconque élection encore moins en l’état actuel.
Cela ne t’as pas échappé, je porte un regard très critique sur les institutions actuelles et je suis convaincu que les lections ne servent à rien dans un regime de pouvoir quasi-absolu. C'est le plus important dans mes propos.

hmida a dit…

@ Larbi

Pourtant, tu pourrais - toi et mille autres marocains de ton calibre - bien des choses pour le Maroc. Mais, il est vrai qu'il vaut mieux attendre que tout soit prêt....


Une question vicieuse : une élection en Sarkolandie, même dans l'état actuel des choses, çà te tenterait (avec un ministère de l'I.N. entre autre?)

politis a dit…

@ Politiquonaute Marocain

Je viens de lire cet interview et de relire les deux autres que tu as déjà publiées : du boulot de pro!

On dirait que tu es passé de la presse indépendante au bloging!

Reviendras-tu à tes premières amours, pour autant que tu aies été un ex-journaliste?

Anonyme a dit…

En tant que citoyen de Oued Zem je votre LARBI pour prochianes communales.

une marocaine a dit…

J'ai une grande admiration pour le courage de Larbi. Il est de loin le plus courageux d'entre nous.

@ Mehdi,
Navrée navrée navrée ! Ca sera fait demain promis juré.

Politiquonaute a dit…

@ Marocaine : a ca je te l'accorde ... c'est le meilleur d'entre nous .... C'est un bon presage ca pour quelqu'un qui reve de deneir maire de Oued Zem ... Un jumelage avec bordeau en perspectives !!!!

politis a dit…

Je me disais bien que tu étais que tu étais un pro ..Tu choisis bien tes "clients" ...

Pour Larbi, il est cité parmi les 295 citoyens "influents" au milieu de 2046 autres références les plus diverses.

http://maroc-blogs.blogspot.com/2009/04/marocain-et-membre-influent-dans-la.html

Energumene a dit…

Obama, Homme de l'année... Et pourquoi pas Bush ou Netanyahu donc ?
Plus mortel sur les civils en Afghanistan que Bush et aussi destructeur de tout ce qui est Palestinien (sauf avec les paroles).
Ceci dit, Larbi comme un peu toute la blogosphère marocaine mérite tout le respect.
Salutations blogosphériques !