48h après le discours « historique » du #17juin (est-il plus ou moins historique que celui du #9mars ?), j’ai encore du mal a gober la pilule qu’on s’efforce de me faire avaler depuis deux jours a coups de précampagne propagodo-référendaire.
Je ne reviendrai pas sur le processus d’élaboration de ce projet. Le début et la fin du processus sont loin de l’esprit démocratique qui devait prévaloir : on est bel et bien devant le projet de reforme de la monarchie, et non devant un texte collaboratif, nonobstant les grandes capacités d’écoute de l’équipe d’experts de Mennouni.
Soyons claires, le texte proposé n’est pas si mauvais que cela… Sur plusieurs aspects, je le trouve vraiment « bien », notamment su certains droits de citoyens, sur l’aspect linguistique et culturel et sur le nouveau rôle constitutionnel de l’opposition parlementaire. Par contre d’autres points ne correspondent pas du tout à mon espoir de voir le Maroc mettre les pieds dans un processus de « laïcification » de la société Marocaine. Mais disons que les deux premières partie du projet (préambule compris) sont une mise à niveau très correctes de l’architecture institutionnelle du pays avec une emprunte conservatrice assez visible.
Mais le cœur de cette reforme n’est pas là a ce que je sache… la nouvelle redistribution des pouvoirs entre la monarchie et les autres pouvoirs était au centre du processus, enclenché par le Roi suite en reponse à la naissance du mouvement du #20fev.
On est en face de nous un texte pas si mauvais que cela, mais qui lie tout l’architecture à la bonne foi des différents intervenants, et surtout, à l’esprit démocratique du plus fort d’entre eux : le Roi. Tout en gardant une main mise sur le pouvoir religieux et militaire, et -en filigrane- diplomatique grâce au Tarbouch de Amir Al Mouminin à son képi de Chef suprême des armées et sont Statut de chef d’Etat, le monarque garde ainsi un contrôle assez conséquent sur le travail de l’exécutif et s’érige en garant de l’indépendance de la justice. Il s’entoure pour cela d’une myriade d’organisme à créer couvrant tous les secteurs vitaux et stratégiques. Ainsi, le roi continuera nommer le chef du gouvernement (certes du premier parti, mais pas forcement son chef), continuera a nommer les ministres (certes sur proposition du chef du gouvernement)i, présidera les conseil des ministres (éventuellement sur demande du chef du gouvernement, avec possibilité de délégation de pouvoirs), continuera a nommer aux postes civils et économique stratégiques (certes en concertation avec son chef de gouvernement), pourra révoquer ses ministres, dissoudre les assemblées, peut s’adresser aux sujets et aux élus sans que cela fasse débat … enfin, il continuera, s’il lui sied, de faire a peu prêt tout ce qu’il faisait jusque là.
En face, il aura certes un super premier ministre, érigé au rang de chef de gouvernement, responsable de son programme mais qui doit néanmoins revenir vers le Roi sur l’ensemble des décisions stratégiques ! Sauf, qu’en ne se prononçant pas sur le système de scrutin (donc avec le risque de garder un paysage politique aussi éparpillé et une majorité fragile) et en renforçant le rôle de la l’opposition parlementaire… le chef du gouvernement se retrouve dans avec plus de pouvoir et mais plus beaucoup de contraintes !
JE ne vois pas en quoi l’actuel projet de constitution nous préserve d’un scenario à la Abbass El Fassi… sauf en se disant que la monarchie jouera le jeu démocratique pleinement ! Tout le problème est là.
Samedi sur luxe Radio, je ne sais plus qui disait que le Roi donne les clés des pouvoirs tout en gardant les doubles ! C’est très proche de la réalité, en tout cas comme je la perçois. La question : n’est ce pas un peu naïf de laisser les doubles a un institutions qui a montrer, tout au long les 6 dernières années, qu’elle compte bien utiliser ces clés à chaque fois ce cela lui plait ?
Pour résumer ma position je partage avec vous une anecdote : je lui pose cette question à un entrepreneur : Serais-tu prêt à travailler avec un client avec qui les choses ne se sont pas tres bien passe avants ? , il me répond, oui, mais je lui demanderai un chèque certifié avant ! Lorsque la confiance ce perd entre, il vaut mieux avoir un contrat bétonné !
Je ne pense tout simplement pas qu’on me propose un chèque certifié avec ce projet de constitution.
Et puis, faillait il vraiment ce « Je dirai donc OUI à ce projet » … et puis que vient faire le Sahara dans tout cela ?, et puis fallait-il vraiment rameuter les troupes des partis pour les inviter à faire campagne pour le « oui »… et puis ce verset de coran : « "Dis : "Voici ma voie, j'appelle les gens (à la religion) d'Allah, moi et ceux qui me suivent". ». Pourquoi cette recherche effrénée du plébiscite populaire ? Pourquoi vouloir se diriger à des résultats qui vont nous rappeler une ère que nous voulons révolue ?
Nous avons encore 10 jours avant de nous prononcer ! J’espère sincèrement que l’on m’aidera à me faire une idée juste et sincère sur ce projet et sur ses implications !
Je rechercherai durant ces 10 jours des signes de bonne foi du régime !