Depuis quelques jours, des twitts flanqués du h-tag #INZALE circulent … ils appellent à un IRL – traduire : in real life- autour du débat sur les reformes constitutionnelles.
Il s'agit au fait d'une idée portée par quelques bloggeurs/tweeps qui veulent créer un nouvel espace de débat, en dehors des circuits dits « classiques ». Leur objectif est d'investir, des cafés, des pubs, des restos, sans y être forcement invites, pour y prendre leur « Pot constitutionnel » en espérant s'y retrouver avec beaucoup de personnes d'horizons très différents, mais tous animés par la même passion du débat.
Le premier #INZALE aura lieu lundi 11 avril à 20h. L'endroit du #INZALE sera communiqué quelques heures avant 20h et largement diffusée.
Loin de vouloir se prendre au sérieux, #INZALE a néanmoins quelques règles :
1.L'anonymat est accepté et surtout respectée … donc amis bloggeur et twitteurs anonymes merhba
2.La ponctualité est appréciée : Le #INZALE dure officiellement une heure
3.On ne Livetweet pas de #INZALE
4.On n'invite pas @bigbrother_ma au #INZALE … Non je plaisante … à peine
Petite définition du mot Inzale : Au sens utilisé par les politiciens : faire débarquer un grand nombre de personnes préalablement acquises à une certaine cause, dans un parti politique – dans des élections aussi-, pour changer la donne et influencer la décision finale.
Les interviews du politiconaute … un peu pompeux comme titre pour la série d’échanges que je lance sur ce blog. Il s’agit d’un cycle d’interview des bloggeurs politiques marocains, et comme il n’y en a pas des masses, des interviewspolitiques de bloggeurs Marocains (ou plus exactement de membres de la blogoma, puisque la nationalité n’est pas un critère ici).
Merci à tous ceux qui ont accepte ou qui accepteront de se prêter au jeu.
Une Marocaine vient d’emménager dans un nouvel espace : www.monagora.fr … mais c’est toujours avec la même passion qu’elle partage avec ses lecteurs des moments de sa vie de Marocaine de là-bas. Fatima, comme elle aime qu’on l’appelle, aime bien offrir au lecteur son regard bien à elle de ce qui la touche et de ce qui l’entoure.
Si le blog de Fatima reste un peu « introverti », Une Marocaine n’hésite pas à plonger dans les débats politiques sur les rares espaces qui s’intéresse a la chose politique. Elle ne semble appartenir à aucun des deux « clans » qui s’entredéchirent par blog et commentaires interposes, mais reste consistante avec ses convictions très démocrates.
Politiconaute :Lorsqu’on te croise sur d’autres blogs, tu sembles très prompte a prendre parts aux débat politiques concernant le Maroc, par contre sur ton Blog, tu t’arrête rarement sur des sujets qui concernant la politique Marocaine … Chnou ze3ma, Siyassa t’intéresse juste un peu, mais au point de t’inspirer ?
Je suis très portée sur la politique et tout ce qui tourne autour. Particulièrement dans le cas du Maroc. Mais comme tu l'as relevé effectivement je commente la politique marocaine sur les autres blogs mais à ce jour je n'ai parlé très peu sur mon blog. Eh ben tu sais quoi un jour je me suis posée la question pourquoi ?
Plusieurs raisons convergent :
1- je m'informe de ce qui se passe au Maroc. A chaque fois j'esquisse des billets dans ma tête mais par fainéantise (la première raison) et prise par d'autres sujets ces billets je ne les rédige pas ! C'est le cas pour d'autres domaines (je compte une dizaine de billets que je veux écrire depuis que j'ai ouvert le blog, c'est-à-dire presque deux ans, que je ne me suis pas encore résignée à le faire)
2- cette deuxième raison peut paraitre pompeuse mais elle est sincère et profonde. La politique je m'y intéresse depuis mon enfance. S'agissant de la situation au Maroc ou plus large encore les pays arabes et musulmans, je me suis 1000 fois posée la question pourquoi sommes-nous dans cette situation de décadence ? Plus j'y réfléchis plus j'avance dans la vie et dans l'âge plus je suis convaincue qu'il faut aborder le sujet autrement, en l'occurrence, via le prisme des sciences sociales principalement la sociologie, l'anthropologie et l'histoire. A titre d'exemple, je trouve qu'un billet sur l'usage de certains mots dans notre langage quotidien est plus révélateur et peut être source de prise de conscience qu'une dissertation sur la constitution ou les "institutions" marocaines. Bien que ce genre de billets a son intérêt que je ne dénie absolument pas.
En parlant de l'usage des mots, j'estime qu'il faudra qu'on revoit notre dictionnaire en matière politique, et dans d'autres domaines d'ailleurs, car on prend des mots qui sont nés dans certains milieux sociaux et culturels (on en revient) et puis on les colle sur d'autres réalités sans tenir compte de leur charge historique. Ca donne lieu à des bizarreries du genre "At-tanaweb at-tawafo9i" !!! Sans parler de l'amateurisme de notre classe politique. C'est à classer sous la rubrique "humour" ou plutôt "mauvais humour" que sous la rubrique "politique".
Et le terme "transition démocratique" est-ce que c'est un autre barbarisme oulla ca reflète a tes yeux la véritable situation du pays ?
Transition. Ce mot me rappelle une citation de Hervé Serieyx "nous sommes tjrs dans une période de transition entre deux périodes de transition" !
Concernant le Maroc, un p'tit rappel historique s'impose :
- le premier gouvernement Youssoufi date de février 1998. C'est à partir de cette expérience dite d'alternance qu'on a commencé à parler de transition démocratique.
- le seconde date de septembre 2000.
Entre les deux un nouveau roi a accédé au trône et ce depuis juillet 1999.
oui, mais nous sommes actuellement en mai 2009. Plus que quelques mois et ça fera 10 ans !!!
Certes chacun son rapport au temps. Chez nous, nous avons tendance à le rendre extensible ! Mais quand même sous d'autres cieux un dirigeant ne peut faire plus de deux mandats qui cumulées font 8 ans.
Il y a eu des avancées sur le plan des libertés c'est indéniable. Mais, depuis ces deux dernières années nous avons aussi assisté à des régressions. Les prisonniers du 1er mai, les affaires liées aux nouveaux médias (Mourtada et Erraji) pour ne citer que celles-là.
Mais sur le fond, le pouvoir est tjrs concentré entre les mains du roi. Alors transition démocratique je veux bien mais la transition est censée avoir un horizon et pour le cas du Maroc, j'ai peut-être raté un épisode, mais je ne le vois pas.
Et puis pour moi le vrai travail qu'il faut mené quand on cherche réellement à moderniser un pays et le mener vers des pratiques démocratiques c'est d'abord et avant tout L'APLHABETISATION. On n'y échappera pas quoi qu'on dise quoi qu'on fasse. C'est un passage obligé. Quand je vois le taux d'analphabétisme chez nous je me dis qu'on est loin du compte.
Oui, mais au moins pour les femmes, la transition est bouclée ... vous avez eu votre Moudawana, la nationalité pour vos gosses et je sais pas quoi d'autre ... Les marocaines, toi inclue, ne peuvent pas dire qu'elles n'ont pas été les premières servies ?
Pour commencer, ma vision de la société est une vision d'ensemble. Il faudra que et les hommes et les femmes puissent être égaux dont les droits et les devoirs. Car je ne vois pas comment une société peut aspirer au développement alors qu'elle traite 50% de ses composants (hommes ou femmes d'ailleurs) comme une sous catégorie. C'est comme si une personne s'"empute" ou relègue volontairement aux oubliettes une jambe et chercher à avancer avec une seule. C'est sûr que cette personne pourra avancer. Mais la question est : à quel rythme et à quel prix ? Dans un monde où on voit que les autres carburent...
La boucle est bouclée. Je ne crois pas on vient de dire "besseme lallah" ! D'autant que la machine judiciaire traine les pieds pour appliquer cette nouvelle moudawana. Faire évoluer les lois c'est bien. Reste à faire évoluer les mentalités chargées de les appliquer. Et ça c'est une autre paire de manche.
Sans oublier qu'il reste encore du chemin pour que les femmes puissent avoir la place qui leur revient dans notre société.
Quant à la nationalité. On a réparé une injustice qui causait des drames. C'est salutaire mais au fond je dirai que c'est la moindre des choses vis-à-vis de ces enfants qui sont aussi marocains que vous et moi.
Est ce que tu te sens plus concernée par ce qui se passe à l'hexagone oulla au Maroc ?
Je suis concernée par les deux. Ce qui se passe dans les deux pays a un impact sur ma vie. Je suis citoyenne marocaine et la moitié de ma petite famille y vit. Sans parler de la grande famille. Et ce qui se passe en France m'impacte aussi puisque j'y vis.
Si tu devais un jour en finir avec ton statut de MRE ... tu préférerais devenir "une française" oulla rentrer au Bled ?
MRE cette étiquette ce sont les autres, en l'occurrence l'administration, qui nous la colle. Je dirai que je ne m'en formalise pas. Et elle ne me dérange pas je ne vois donc pas pourquoi je chercherai à en finir avec. En outre, à force de bouger, de changer de lieu de résidence et de manières de voir le monde, je ne me sens pas complètement chez moi ni au Maroc ni en France ni nulle part ailleurs !!! J'ai fini par me construire un chez moi à l'intérieur de moi-même. Et ça me va comme ça..
Et puis faire des choix par rapport à des aspects qui touchent à mon indentité je suis complétement contre. Je ne peux réduire tout ce que je suis au seul aspect marocain ni à celui français. Je suis plusieurs choses à la fois et je compte bien préserver cette "pluralité" et l'enrichir autant qu'il m'est possible de le faire.
Enfin, on peut être de nationalité française et vivre au Maroc ou ailleurs. L'un n'empêche pas l'autre.
Politiquement parlant tu t’identifierais comment ?
je suis foncièrement social-démocrate. Que ce soit au Maroc ou en France aucun parti politique ne m'attire. Ce qui n'arrange pas les choses c'est la langue de bois assommante dans les sphères politiques des deux pays. Mais je reste sympatisante des partis de gauche.
Parce qu'il y a encore des partis de gauche en france ou au Maroc ? Que ce soit le PS ou l'USFP, ne sont t-ils pas gravement atteints ? À moins que tu ne sois fan de la gauche révolutionnaire genre LCR ou GSU ?
Ta question est assez tranchée ! Des partis de gauche il y en a encore. Ce n'est pas parce qu'ils traversent une mauvaise phase qu'on va les enterrer. La fin du communisme les a mis à mal, toutefois, je ne doute pas qu'ils finiront par se redresser. Mais, je t'avoue que le spectacle qu'ils offrent actuellement que ce soit le PS ou l'USFEP n'est absolument pas réjouissant. Cette guéguerre des chefs est affligeante alors que les précoccupations des populations sont ailleurs et plus terre à terre. Le pire dans l'histoire c'est que la situation économique et sociale leur est favorable mais malgré cela ils perdent les élections. C'est déroutant !
Quant à la LCR et GSU ce n'est vraiment pas mon genre. Mais alors là pas du tout. Je n'apprécie guère les positions radicales quel que soit le domaine ou le sujet sauf quand il s'agit de la dignité humaine.
J'apprécie les interventions de Besancenot dans la presse c'est un bon orateur. Son discours est tjrs bien articulé. Mais ça s'arrête là. Car il faut lire leurs programmes. Ca ne m'emballe pas du tout bien au contraire. D'ailleurs, quand la LCR s'est transformée en parti politique "le parti anticapitaliste" je suis tombée des nues. Ce discours en France me laisse bouche bée. C'est à se demander s'ils ne sont pas au courant que le communisme a été "testé" en URSS qu'il n'a pas marché, que le mur de Berlin est tombé depuis 20 ans, que le monde s'est métamorphosé. Ils me scotchent avec cette capacité qu'ils ont de rester dans un discours des années 60... Mais, bon ça s'explique par l'histoire de la France et leur attachement à la notion de l'égalité qu'ils confondent allégrement avec l'équité.
Dernière question ? Le Maroc en 2020 ? Tu l'imagines comment ?
Meilleur j'ose espérer ! Plus équitable et plus démocratique. Où le mérite l'emportera sur les passe-droits et les privilèges. Amen.
Le p’tit truc rapide sur Une Marocaine
L'homme politique de l'année? Une réponse un peu space : j'ai envie de dire la crise financière devenue économique car mieux que tout elle a démontré avec brillo l'importance du politique dans une société. Durant ces 30 dernières années les adeptes du tout économique ont tout tenté pour nous démontrer l'inutilité des politiques et la prééminence de l'économie. Mais, quand la maison a pris feu ces mêmes adeptes du tout économique se sont retournés vers les politiques, qu'ils méprisaient et méprisent tjrs !, pour leur éviter l'abîme au nom d'une solidarité inversée...
Le pire ? La classe politique marocaine sans exception. Je ne veux pas faire de jaloux ! De ma p'tite fenêtre je trouve qu'il n'y en a pas un pour rattraper l'autre...
L'homme de l'année 2008 ? Ma réponse est très personnelle c'est mon père. Il a survécu à son opération.
La femme de l'année.. Les femmes palestiniennes. Ce sont une véritable leçon de courage.
Le blogueur de l'année Tous les blogueurs arabes emprisonnés.
Ton meilleur post? Celui que je n'ai pas encore écrit...
Les interviews du politiconaute … un peu pompeux comme titre pour la série d’échanges que je lance sur ce blog. Il s’agit d’un cycle d’interview des bloggeurs politiques marocains, et comme il n’y en a pas des masses, des interviewspolitiques de bloggeurs Marocains (ou plus exactement de membres de la blogoma, puisque la nationalité n’est pas un critère ici).
Merci à tous ceux qui ont accepte ou qui accepteront de se prêter au jeu.
Mon premier invite n’est autre que Citoyen Hmida, Hmida pour les intimes … un vrai personnage sur cette blogoma. Il fédère autant qu’il suscite des débats très chauds sur son espace. Il m’impressionne autant par la qualité de ses écrits, que par la quantité de posts qu’il est capable de commettre dans la semaine.Il me laisse bouche-baie parfois devant la rapidité de ses réactions à certains sujets d’actualité. Il me bluffe avec la diversité de sujets abordes. Il me laisse parfois rêveur devant ses textes, qu’ils soient imagines ou travestit. Il me réconforte parfois avec son réalisme. Mais ieu seul sait a quel point il m’énerve avec ses positions makhzaniennes.
Mais Hmida, c’est justement tout cela à la fois. Un vrai personnage… un vrai citoyen… certifié Politiconaute!
Politiconaute : Même si beaucoup de commentateurs semblent adhérer à certaines de tes prises de position et tes points de vue politiques sur le Maroc, peu de bloggeurs s’empressent a défendre de manière aussi acharnée « la transition démocratique au Maroc » ? Serait tu le seul bloggeur Makhzanien de la blogoma ?
Citoyen Hmida : En laissant de côté l'aspect provocateur du qualificatif "makhzanien" dont tu m'affubles, je peux te dire que si je défends avec acharnement la transition démocratique au Maroc - et j'insiste sur la notion de TRANSITION car il y a encore beaucoup de chemin à parcourir - c'est parce ce je sais d'où nous sommes partis.
Partis d'une monarchie absolue, appuyée par un appareil répressif dont la génération à laquelle tu appartiens n'a aucune idée!
Alors, je peux me permettre de croire à une transition démocratique!
Par ailleurs, j'ai toujours responsabilisé les dirigeants des partis politiques dans le blocage de cette transition. S'ils ne respectent pas la démocratie dans leurs propres instances, comment pourraient-ils participer à la démocratisation du pays!
La preuve vient de nous être fournie par le déroulement des congrès des deux derniers partis "historiques"!
Pour finir ma réponse, appeler mes concitoyens au vote lors des élections, est-ce vraiment une position "makhzanienne"?
Parlons en d’ailleurs de ces fameuses élections qui pointent le nez ? Tu ne vas tout de même pas militer pour appeler a voter pour des gens que par ailleurs tu accuses un peu de tous les maux du Maroc ?
Permets-moi de te retourner la question : quelle serait la solution? Tourner en rond jusqu'à quand?
Par ailleurs, le vote en lui-même n'est pas une finalité. Il faut que la politique et les politiciens intéressent les citoyens pour que les citoyens s'y intéressent.
Alors éclaire-nous citoyenhmida, pourquoi tu as voté en septembre 2007, et pourquoi tu iras voter en juin prochain ?
Je n'ai pas à t'éclairer....juste t'expliquer : je vote parce-que le vote est un droit! Et un droit qui n'est pas exercer finit par se perdre!
Et c'est en cela que je m'étonne que certains démocrates préconisent l'abstention, car elle ne mène à rien! La preuve, le résultat des élections de septembre 2007. La mobilisation citoyenne pour la participation menée par une certaine association a été tournée au ridicule, sinon stigmatisée par ceux-là même qui se sont insurgés contre le résultat du scrutin et contre ses conséquences politiques logiques.
Donc, je vote en citoyen responsable de mes choix! Comme nous devrions tous le faire, pour le parti et la personne qui nous semblent le plus aptes à nous représenter. Il y a un début à tout...La démocratie s'apprend, pour peu que nous la pratiquions, chacun dans notre petit espace de compétence.
Dans une discussion entre "démocrates", il est malvenu de demander pour qui l'interlocuteur a voté! Mais comme tu sembles mourir d’envie de poser la question, je vais te faciliter les choses et répondre quand même et peut-être t'étonner: depuis que je vote, c'est-à-dire 1963, j'ai toujours voté - ou suivi les consignes de boycott lors de certains référendums - pour l'USFP. Il faut reconnaitre que les candidats de ce parti qui se présentaient dans les circonscriptions où je votais, ont toujours correspondu au profil humain et personnel qui me convenait.
Je reconnais que pour les prochaines élections municipales, le choix de l'USFP sera problématique pour des questions de fond. Reste alors l'approche personnelle. Le fait est que je remplirai mon devoir de citoyen et j'inviterai mes concitoyens à ne pas rater encore une fois l'occasion de s'exprimer.
Qui est donc selon toi responsable cette situation de « chaos politique » dans laquelle nous sommes aujourd’hui ? La monarchie ? Le Makhzen ? Les partis politiques? Les citoyens ?
D'emblée, une grosse mise au point ! Le Maroc ne connait pas un "chaos politique" mais bien plus un "marasme politique" dans le sens pathologique du terme, à savoir : "atrophie progressive des organes, un amaigrissement extrême, consécutif à une longue maladie ou à la vieillesse".
Ceci étant posé, je vais essayer de répondre. Ma réponse n'aura rien de "scientifique" mais elle découle de l'observation du citoyen lambda que je suis.
Qui est responsable de cette situation?
La monarchie? Sûrement puisque c'est l'élément clé du système politique du pays. Mais je dirais plus "le roi" que la monarchie, je veux dire plus la personne que l'institution. Si Mohamed V étant ouvert à la collaboration avec les partis - rappelons que c'est sous ce souverain que la gauche était au pouvoir -, Hassan II était plus réticent, pour ne pas dire méfiant. Sa personnalité et son histoire personnelle expliquent cette position. Mohamed VI, plus pragmatique je crois, n'a pas d'état d'âme à ce sujet.
Le makhzen? Voilà bien un concept que les "jeunes" manient à tort et à travers, sans le cerner de façon exacte! Qu'est-ce que le makhzen? Si tu veux parler des "groupes de pression" (soyez modernes, les jeunes… Appelez-les choses par leur vrais noms), on ne peut nier leur influence sur la vie politique du pays, ici comme ailleurs.
Les partis politiques? Principaux concernés par leur propre survie, les partis politiques sont à mon sens les responsables de la situation actuelle. Mais quand on parle des partis politiques, ce sont les dirigeants qu'il faut montrer du doigt. Si nous considérons les partis "historiques", il est clair que ce n'est pas la démocratie interne qui les caractérise. Le manque total de visibilité idéologique de ces mêmes partis est décevant. La faiblesse du sens politique des dirigeants est dramatique. Et leur acharnement à satisfaire leurs propres ambitions personnelles est scandaleux.
Je ne dirais rien des partis plus récents, dont aucun n'est arrivé à se donner une quelconque légitimité ni à se doter de la moindre ligne de conduite politique.
Sauf le P.J.D. que je considère comme le parti politique le plus "moderne" du point de vue fonctionnel tout en regrettant que cette machine politique presque parfaite soit mise au service d'un projet que je ne partage pas.
Les citoyens? Les citoyens ont bien sûr leur part de responsabilité. Les difficultés socio-économiques ont fait que pour le marocain moyen la survie quotidienne a pris le pas sur la réflexion politique. L'élite de son côté s'est laissée enfermée dans un ghetto qui l'a éloignée progressivement du peuple. Il y a eu donc une cassure entre le peuple et l'élite à tous les niveaux. Le citoyen de base a perdu confiance dans ceux qui sont censés le guider, l'encadrer, l'éclairer. Mais comme tout peuple a besoin d'être guidé, encadré et éclairé - le peuple marocain comme tous les peuples du monde - certains courants extrémistes ont profité de ce vide, mais sans proposer de solutions fiables ou concrètes!
Tu as connus tous les grands moments de l’histoire du Maroc Moderne, lesquels t’on le plus marques ?
Il faut noter que de 1956 à ce jour, il y a eu la révolution médiatique. Des événements extrêmement importants se sont produits et n'ont pas marqué les esprits du fait du manque de couverture médiatique. En 2009, il suffit que quelqu'un éternue de travers pour que le monde entier soit au courant.
Il se peut donc que des événements fondamentaux de la vie du Maroc n'aient passé laissé dans ma mémoire l'impact voulu pour la simple raison que j'en ai pas saisi à l'instant l'importance.
Pour répondre à ta question spontanément, je répondrai sans aucune hésitation : LA MARCHE VERTE! Non pas par son aspect politique ou par son impact sur le processus de règlement du problème du Sahara! Non, mais par l'incroyable mobilisation du "peuple" dans les sens le plus concret du terme autour d'un événement! Personne ne comprenait très bien ce qui se passait, mais TOUS les marocains étaient unis autour de cet événement! Peu importe ce qui en a découlé, mais c'est l'événement lui-même qui a été UN GRAND MOMENT!
L'autre grand moment a été la marche organisée pour soutenir l'Irak lors de la guerre de 1991. En fait, c'est l'aspect "maroco-marocain" de cette marche qui m'a marqué. Cette marche de plus d'un million de personnes avait été organisée malgré le refus ou du moins la réticence du souverain! C'était le début d'un processus qui devait mener au changement de politique d’Hassan II.
Deux autres événements de masse me sont encore gravés dans l'esprit car ils montrent que les marocains ont besoins de modèles ou de héros : le défilé de l'équipe nationale de football éliminée pourtant du Mondial 1998 et le retour triomphale de la même équipe finaliste malheureuse de la CAN de Tunis en 2004.
Dans le registre contraire, je ne manquerai pas signaler la tentative de push du 10 juillet 1971. Et là encore, ce n'est pas tant l'événement en lui-même qui m'a marqué mais la totale passivité de la population à ce qui était arrivé. Comme si le peuple n'était concerné en aucune façon, et dans un certain sens il ne l'était pas!
Sinon, l'histoire du Maroc moderne a été marquée par des centaines d'événements qu'il serait trop long de rappeler ...
Tiens donc, La mort d’Hassan II et/ou l’avènement du Mohamed VI ne figure pas dans ta liste, pourtant, j’aurais cru que pour quelqu’un de ta génération et de ton background…
La mort de Hassan II devenait au fil du temps un événement prévisible tout comme l'intronisation du prince héritier ....Ces deux événements n'avaient donc rien pour me marquer spécialement ....Ce qui m'a par contre marqué c'est l'impact que la disparition de Hassan II a eu sur le peuple marocain ....Beaucoup d'observateurs ne s'attendaient pas à une telle réaction ...Mais les marocains sont si imprévisibles...
Tu imagines comment le Maroc de 2020 ?
Le Maroc 2020 ? En toute honnêteté, je n'en ai aucune idée! Avec la mondialisation, les aléas climatiques, la crise mondiale financière et surtout économique, le manque de visibilité est total à plus de quelques mois.
Mais comme je suis irrémédiablement et définitivement optimiste, je crois que le Maroc arrivera à tirer son épingle du jeu, si les marocains savent faire preuve de sérieux et de patriotisme..Cela te semble ringard comme pronostic, mais je te mentirai si j'en formulais un autre.
Pour finir, y a-t-il une question que tu aurais voulu que je te pose?
J'aurais voulu que tu me demandes comment j'imaginais la vie politique du Maroc avec l'avènement de Mohamed VI. Mais cela ne t'intéresse peut-être pas...
L'avènement de Mohamed VI présentait une situation parfaite pour assurer une transition démocratique parfaite : un souverain jeune ...un premier ministre âgé, respecté et expérimenté... Une situation sociale sans vagues.....l'opposition enfin intégrée au gouvernement ... Bref, historiquement, une situation absolument inédite à la hauteur du défi de la démocratie... Malheureusement, les démons politiciens et surtout les ambitions personnelles des uns et des autres ont été les plus forts. Ce qui devait être une étape dans l'avancée démocratique du pays s'est transformée en un nouveau départ, en un retour à la case départ! Une occasion historique ratée!
Maintenant que tu as fini ton "interrogatoire", je me permets - privilège de l'âge - de te poser MA question : "à la lecture de tes posts, je sens que tu es pour le moins dégouté de la politique telle qu'elle est pratiquée chez nous? Que proposes-tu de concret et de réalisable dans le contexte marocain pour remédier à la situation?
Politoconaute : Comme je le dis clairement dans ma la présentation de mon blog … la politique me passionne, sa pratique me dégoute … Je crois sincèrement aux vertus de la démocratie …
Comme toi, je suis dégoutés par les partis politique et leur étroitesse d’esprit, par « les élites » politique et leur petitesse … par mes concitoyens et leur analphabétisme politique … Et je suis en colère contre tous ceux qui sont responsable de cette situation … la seule différence, c’est que je crois plutôt en l’efficacité d’une stratégie Top-down (du sommet vers le peuple) et non [as Botom-up (en d’autre termes révolution).
Je suis dégouté aussi de voir que depuis 10 ans qu’on nous rabâche cette grande histoire de « transition politique » … on a fait du surplace … Certes, tu me diras que beaucoup de choses ont changé, et je suis d’accord avec toi …. Sauf que pour moi, c’est le strict minimum syndical …. Je ne m’extasie pas de savoir le Maroc est le meilleur élève d’une classe de cancre... non… je préfère qu’il soit un élève médiocre dans une classe de surdoués … quelqu’un disait que c’est en visant le soleil qu’on atteint la lune … he ben pour moi, le Maroc en est encore a rêver de faire des orbites autour de la terre … khellaouha HobaHoba, on est encore au spoutik !
Je suis dégouté de réaliser chaque jour que je ne verrai peut etre pas de mon vivant un Maroc a l’espagnole, a la chilienne, a la turque ou même a la sud africaine …
Que faire … entamer de grandes reformes, de vraie reformes, et arrêter de lancer des projets, peut être grands, certainementnécessaires, mais dénués de toute conception stratégique long-termiste. Arrêter de faire des réformettes pour la forme, mais ouvrir de véritables chantiers pour révolutionner certains secteurs. Et je parle la de gros pavés. La fiscalité, l’urbanisme, l’industrie, l’agriculture, le commerce extérieur, la promotion des investissements extérieurs, la lutte contre la corruption… Un préalable a tout ca serait une reforme constitutionnelle qui puisse au minimum limiter, ou du moins identifier clairement, les champs d’actions du Roi, du gouvernement, et des autres institutions …Il ne faut plus que le gouvernement se cache derrière les directives royales, ni que le travail réel du gouvernement soit estampillé automatiquement « directives royales ».
Bien évidement le socle pour la réussite de toute cela serait un engagement réel pour une reforme de fonds de deux institutions centrales pour la bonne marche d’une démocratie : La justice et l’éducation.
Si on avait fait les choses différemment il ya dix ans, si ont avait entamé une grande reforme de la justice et de l’éducation, si on avait aujourd’hui une nouvelle constitution qui responsabilise plus les acteurs politiques et les institutions, si on avait ouvert de grands chantier de reformes … le Maroc serait certainement dans la même situation qu’aujourd’hui, économiquement, socialement, culturellement et peut être même politiquement. Mais on aurai déjà acquis les outils démocratiques indispensables pour entamer la deuxième décade avec plus de sérénité.
UN PETIT TRUC RAPIDE A PROPOS DE CITOYENHMIDA ....
Le meilleur homme politique? Je suppose que tu parles de 2008? Je réserverai ce prix...Personne ne le mérite!
Le pire ? L'éventail est assez large....Mais deux hommes peuvent se le partager avec autant de mérite l'un que l'autre ....Notre premier ministre préféré, Abbas El Fassi, qui est pour moi l'exemple type du principe de Peters et Fouad Ali El Himma qui a voulu faire de la grande politique sans savoir en faire de la toute petite. Je pourrais ajouter Abdelwahid Radi qui se voyait leader et qui se dégonfle!
L'homme de l'année 2008? Je dirai Barak Husein Obama, mais tu veux un nom bien de chez nous...Je dirais alors ....Bouchaib le marocain lambda!
La femme de l'année.....Le choix est plus facile ....Ce serait la jeune athlète Sanae Benhema qui a remporté le 200 mètres aux Jeux Paraolympiques de Pékin. Le Maroc n'a jamais eu de sprinters à l'échelle internationale, il a fallu que le premier soit soit une femme qui souffre d'un handicap.
Le blogueur de l'année......Je crois que franchement c'est le dernier de mes soucis....Le blogging est avant tout une activité personnelle, où je trouve un plaisir énorme et cela suffit à mon bonheur.
Mon meilleur post? .......Il y en a quelques uns qui me tiennent à cœur....ceux qui ont été écrits, d'un trait, avec les tripes....Notamment celui sur l'exécution de Sadam Hussein que j'ai écrit à mon réveil avant même d'avoir pris mon café, dès qu' j'ai entendu la nouvelle à la radio .....Un autre plus récent où je criais mon indignation face aux massacres de Gaza ....