mercredi, avril 18, 2012

Le faux débat sur le cahier de charge de 2M… ou le non débat sur le service public audiovisuel



Salim Cheikh vient de faire cette semaine une sortie médiatique remarquée qui couronne plusieurs semaines de levée de bouclier contre le nouveau cahier de charge établir par le Ministre de la Communication, le très barbus – en termes d’idéologie plus qu’en pilosité- ancien patron de Attajdid.
Salim Cheikh dénonce globalement une atteinte à l’identité de la deuxième chaine et une tentative de mise sous tutelle du gouvernement barbu.

Grosso modo, l’ancien vendeur de portion de la vache Kiri  -il a fait tout la chaine- reproche à son ministre de tutelle : le manque de concertation avec les professionnels et le dirigisme, interventionnisme de la démarche du ministère. Le Ministre de la communication s’érigerait en directeur de programme des deux chaines publiques et Salim Cheikh craint pour l’image de la chaine, sa « touch », sa francophilie,  sa « créativité », son indépendance éditoriale… Salim Cheik stigmatise un décision politique qui aura un impact « financier, logistique et organisationnel, voire une baisse d’audience. Une hausse du coût de la grille des programmes, de la masse salariale et des investissements. Dans une logique de bonne gouvernance, ces points auraient dû êtres évalués avant l’adoption des cahiers de charges » Lire interview Economiste ici

Une partie de la webosphère marocaine avait déjà entamé ce débat sur et  avait évoqué l’essentiel de ces griefs contre la démarche « singulière » de Khlifi.

Mais est ce qu’on ne se trompe pas encore une dois de débat ? Personnellement, je pense que tout ce brouhaha médiatique absout beaucoup de monde de mener une véritable réflexion sur le service public audiovisuel et encore un tout aussi crucial débat sur les la stratégie de développement des medias audiovisuel au Maroc.

Dans un pays ou 1 marocaine sur deux ne semble pas être particulièrement intéressé par une des 10 chaines publiques qu’offre le paysage audiovisuel marocain, a-t-on sincèrement besoin de débattre de la diffusion ou pas des appels à la prière ou de retransmission de la prière du vendredi.

Le Maroc a entamé il y a bientôt 10 ans un réforme de sa stratégie Audiovisuelle qui est passé par la fin du monopole de l’Etat sur ce service et une démarche de libéralisation et de régulation du secteur. La genèse douloureuse de cette réforme et la recherche d’une part du consensus, et d’autre part à ne pas trop bousculer la main mise du Makhzen sur ce mass media, l’à vidé un peu de son sens : d’une réforme globale de l’audiovisuel, le législateur avait plutôt en tête de créer un environnement législatif, financier et politique pour faire évoluer les « chaines publiques » vers des chaines de service publique et les préparer convenablement à la libéralisation de fait.

A-t- au moins pris la peine de regarder le bilan de 10 ans de reforme avant de s’amuser à discuter des grilles de programme ?  

Avons-nous aujourd’hui un service public en phase avec l’aspiration démocratique, même officielle, de ce pays  ou est ce que la SNRT 2M et MEDI 1TV des instruments de propagande officielle ? Est-ce que les chaines publiques garantissent la diversité et la pluralité ? Est ce qu’elles promeuvent la culture ? Est ce qu’elles transmettent de valeurs ? Est ce qu’elle contribue à l’Education et la promotion de la citoyenneté ? Est ce qu’elles permettent au citoyen de s’informer ? Est ce qu’elle lui offre de véritable programme de divertissement ? Est ce que ces chaines ont contribué à valorisé et à promouvoir la production nationale ? Et nos RME, est ce que notre politique audiovisuel permet de répondre à leur besoins spécifiques ? Avons-nous réussi à stabiliser le model économique l’audiovisuel publique favoriser l’émergence d’un marché pour des chaines privée afin  de s’installer et de jouer leur partie de partition ? Est ce que la TV publique sert la politique du livre ? Celle de la culture ou celle de la santé ? En gros, est ce que nos chaines nationale contribuent un peu à faire du marocain un meilleur citoyen ?

Je pense que le rôle d’un gouvernement dans une phase aussi critique n’est pas de décider si la télénovéla turque a deux sous doublée en dialect syrien sera interrompu par l’appel à la prière ? Ou encore si c’est Ouadie Dada ou jamaa Goulehssen qui sera le propagandiste en chef en prime time ? Lekhlifi, et tout ceux qui semblent s’exciter sur des cahier de charge dont il ignoraient l’existence il y a un mois,  devraient plutôt interpeller les responsables du secteur, Mohamed Ghazali, Faycal Lahrichi , Salim Cheikh, Samira Sitail (oui, c’est une institution a elle seule) sur  la merde qu’ils nous servent chaque jour, que ce soit en information, en débat politique en divertissement, en émission culturelle ou en sport ! 

Parce que la merde, qu’elle soit servie en arabe ou en français , en darija ou en dialect chami... a cette fâcheuse tendance de donner envie de gerber devant son petit écran.

8 commentaires:

Mounir a dit…

Tu as bien fait de replacer le débat sur le service public. ce débat est malheureusement absent, et tout le monde cherche des raccourcis simples : "francophones contre arabophones", règlement de compte, ...
Ce débat, c'était à la télévision, en tant que service public, de l'initier, comme d'autres. C'était aux journaux, politiques, ... d'y réfléchir, mais comme tout, nous n'allons jamais au fond des choses.

hmida a dit…

Enfin un papier sur le sujet écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle!

Je vais le relire avant de poster éventuellement un commentaire.

Salvadorali a dit…

@ le politiconaute

à quoi bon reprocher aux responsables islamistes la logique de leur action ? c'est un faux procès qui leur est fait, même en intégrant les paramètres de leur "fanatisme" et de leur démagogie, par exemple réduire la langue française à la portion congrue. en réalité ce qui dérange les libéraux en tous genres, c'est la charge moralisante de l'Islam... proscrire la publicité pour les jeux de hasard ? c'était la moindre des choses ;-)

à part ça tu oublies un détail mais il est de taille : la télévision marocaine a été confisquée par les société de production. les vrais responsables de la médiocrité télévisuelle, ce sont elles ! mais comme les sociétés de production incarnent la société civile, personne ne songe sérieusement à les mettre un peu-beaucoup en accusation.

enfin je constate que tu n'en as pas fini avec ton obsession de la dénonciation de la "propagande d'état" et tu vois des goebbels partout... dommage, ça décrédibilise ton discours et surtout le bien fondé de ton indignation.

Antipub a dit…

C'est tout dire, quand on confie une affaire sérieuse comme la télé (c'est très sérieux la télé dans la fabrique du consentement,dans l'élaboration du prêt-à-penser, etc.) â des guignole comme ce vendeur de fromage! ca donne une tarte de fromage qui pue la laideur et l'acculturation de masse !
Le débat devrait absolument se recentrer sur l'essentiel, quellle vision et quel projet et quels contenus pour un Maroc qui change, pour un marocain de plus en plus averti et pour un monde submergé d'infos et d'intox !
@salvadorali, vous avez tou`t à fait raison de dire qu'on taxe les islamistes de ''populistes'' quand ils ont le courage d'initier une actiion, ou de ''moralistes'' quand il s'agit de s'extrraire à cet état de perte de valeurs ambiantes!
Le PJD est un parti politique est ses action ne sont pas désintéressées (au sens kantien du terme). Mais si cela peut arranger nos affaires publiques ou privées...
Interdire la pub pour les jeux de hasards, est-ce un acte moralisateur ou un acte civique? quand on voit les dégâts de l'addiction aux jeux chez les damnés de la terre...
Le comble c'est quand on pose la question : et comment on fait pour le manque à gagner ?
C'est comme si on demande à une pute d'arrêter de se prostituer, et il vous ressort cette question de manque à gagner !

hmida a dit…

Ce qui m'interpelle dans les télés françaises, c'est d'entendre certains animateurs des chaines publiques insister sur le fait que leurs émissions relèvent du "SERVICE PUBLIC"!

C'est cette notion essentielle qui doit servir de pierre angulaire à toute réflexion sur les télés publiques dans notre pays!

Ces télés doivent être un "SERVICE PUBLIC", non pas un instrument entre les mains ni du régime, ni du gouvernement, ni encore moins d'un ou de partis même démocratiquement arrivés au pouvoir!

Les télés publiques doivent rendre un service publique, un service dirigé vers le peuple!

En quoi consistera ce service, telle serait la question dont un débat national devra trouver la réponse.

Une excellente émission de divertissement peut constituer une très bonne contribution au service public. Dans le même temps une émission éducative médiocre peut nuire à cette mission publique.

Alors, Salim Cheikh ou Khalfi, le problème n'est là : ce petit biz-biz personnel entre deux égos légérement surdimensionnés n'a aucun intérêt, sinon de détourner du vrai problème!

Salvadorali a dit…

@ hmida

encore cette tarte à la crème de télévision "instrumentalisée par le "régime"", mon cher tu me déçois. d'ailleurs pourquoi la machine à fabriquer du consentement devrait-elle être absolument immorale ou suspecte de toutes les avanies ?

tu vois où je veux en venir n'est-ce pas ? qu'il relève de la mission de service public qui incombe à l'Etat, cette institution que tu t'obstines à qualifier de régime" d'administrer la production audiovisuelle.

en te faisant remarquer que ce régime que tu prends avec des pincettes n'est au moins pas un régime amaigrissant, notre 2Mtélénationale et son fromager de président sont là pour en témoigner ;-)

donc je persiste et signe : le jour où les téléspectateurs marocains commenceront par aller manifester aux portes des maisons de production privées, la télévision commencera à bouger, comme on disait déjà vers la fin des années 80 ;-)

hmida a dit…

@ salvadorali

La différence entre nous est que je dédouane pas le pouvoir des bétises qu'il peut commettre, alors que je l'applaudis quand je considère qu'il est dans le vrai et le juste!

On ne peut pas nier que la télés ait été utilisé depuis sa création pour magnifier le régime et pour en glorifier l'action!

Affirmer le contraire relève de l'amnésie au mieux ou de la mauvaise foi au pire!


Fabriquer le consentement est en effet immoral et antidémocratique car le consentement se mérite et ne se fabrique pas!

Le reste est une discussion technique, sans intérêt, sur les maisons de production etc...

Salvadorali a dit…

@ hmida

je n'ai nulle intention de dédouaner qui que ce soit mais je refuse de cautionner des instructions exclusivement à charge.

je ne conteste pas non plus "la fabrique du consentement" à cette réserve près qu'elle sert en l'occurence la légitimité absolue d'un système de gouvernance, abstraction faite des dérives et des abus qui ne sont que le fait d'individus voire de clans, qu'ils soient féodaux ou syndicaux ;-) cela étant pourquoi voudrais-tu qu'un état ne s'emploie pas à magnifier son action, ne serait-ce qu'au titre de l'entretien d'une dynamique patriotique autour des untérêts bien compris du pays et surtout de sa population ? nies-tu que le service audiovisuel public ait été prostitué aux intérêts du secteur privé et de son idéologie consumériste ultra-libérale ?

le symptôme le plus flagrant de cette dérive étant le poids citoyen et politicien qu'a fini par acquérir un Noureddine Ayouch, qui n'est au fond qu'un vulgaire vendeur de soupe publicitaire.

parlons plutôt de la fabrique du consentement mise au service des idéaux révolutionnaires socialo-populistes ou franchement républicains qui n'ont cessé d'alimenter au Maroc un activisme irresponsable pour ne pas dire malfaisant...

le consentement se mérite et se ne fabrique pas ? cette approche idéaliste n'a de prise sur rien, tu le sais bien, encore moins sur le machiavélisme inhérent à toute entreprise de conquête ou de conservation du pouvoir.

pour ce qui est de la part de responsabilité des maisons de production privées dans tout ce que nos deux chaînes de télé nous offrent depuis dix ans de globalement médiocre, je maintiens mon argumentaire.