Salim Cheikh vient de faire cette
semaine une sortie médiatique remarquée qui couronne plusieurs semaines de
levée de bouclier contre le nouveau cahier de charge établir par le Ministre de
la Communication, le très barbus – en termes d’idéologie plus qu’en pilosité-
ancien patron de Attajdid.
Salim Cheikh dénonce globalement
une atteinte à l’identité de la deuxième chaine et une tentative de mise sous
tutelle du gouvernement barbu.
Grosso modo, l’ancien vendeur de
portion de la vache Kiri -il a fait tout
la chaine- reproche à son ministre de tutelle : le manque de concertation
avec les professionnels et le dirigisme, interventionnisme de la démarche du
ministère. Le Ministre de la communication s’érigerait en directeur de
programme des deux chaines publiques et Salim Cheikh craint pour l’image de la
chaine, sa « touch », sa francophilie, sa « créativité », son indépendance
éditoriale… Salim Cheik stigmatise un décision politique qui aura un impact « financier,
logistique et organisationnel, voire une baisse d’audience. Une hausse du coût
de la grille des programmes, de la masse salariale et des investissements. Dans
une logique de bonne gouvernance, ces points auraient dû êtres évalués avant
l’adoption des cahiers de charges » Lire interview Economiste ici
Une partie de la webosphère
marocaine avait déjà entamé ce débat sur et avait évoqué l’essentiel de ces griefs contre la
démarche « singulière » de Khlifi.
Mais est ce qu’on ne se trompe
pas encore une dois de débat ? Personnellement, je pense que tout ce
brouhaha médiatique absout beaucoup de monde de mener une véritable réflexion
sur le service public audiovisuel et encore un tout aussi crucial débat sur les
la stratégie de développement des medias audiovisuel au Maroc.
Dans un pays ou 1 marocaine sur
deux ne semble pas être particulièrement intéressé par une des 10 chaines publiques
qu’offre le paysage audiovisuel marocain, a-t-on sincèrement besoin de débattre
de la diffusion ou pas des appels à la prière ou de retransmission de la prière
du vendredi.
Le Maroc a entamé il y a bientôt 10
ans un réforme de sa stratégie Audiovisuelle qui est passé par la fin du
monopole de l’Etat sur ce service et une démarche de libéralisation et de
régulation du secteur. La genèse douloureuse de cette réforme et la recherche d’une
part du consensus, et d’autre part à ne pas trop bousculer la main mise du
Makhzen sur ce mass media, l’à vidé un peu de son sens : d’une réforme
globale de l’audiovisuel, le législateur avait plutôt en tête de créer un environnement
législatif, financier et politique pour faire évoluer les « chaines
publiques » vers des chaines de service publique et les préparer
convenablement à la libéralisation de fait.
A-t- au moins pris la peine de regarder
le bilan de 10 ans de reforme avant de s’amuser à discuter des grilles de
programme ?
Avons-nous aujourd’hui un service
public en phase avec l’aspiration démocratique, même officielle, de ce pays
ou est ce que la SNRT 2M et MEDI 1TV des instruments de propagande officielle ?
Est-ce que les chaines publiques garantissent la diversité et la pluralité
? Est ce qu’elles promeuvent la culture ? Est ce qu’elles transmettent de
valeurs ? Est ce qu’elle contribue à l’Education et la promotion de la citoyenneté ?
Est ce qu’elles permettent au citoyen de s’informer ? Est ce qu’elle lui
offre de véritable programme de divertissement ? Est ce que ces chaines
ont contribué à valorisé et à promouvoir la production nationale ? Et nos
RME, est ce que notre politique audiovisuel permet de répondre à leur besoins
spécifiques ? Avons-nous réussi à stabiliser le model économique l’audiovisuel
publique favoriser l’émergence d’un marché pour des chaines privée afin de s’installer et de jouer leur partie de
partition ? Est ce que la TV publique sert la politique du livre ? Celle
de la culture ou celle de la santé ? En gros, est ce que nos chaines nationale
contribuent un peu à faire du marocain un meilleur citoyen ?
Je pense que le rôle d’un gouvernement dans une phase aussi
critique n’est pas de décider si la télénovéla turque a deux sous doublée en dialect
syrien sera interrompu par l’appel à la prière ? Ou encore si c’est Ouadie
Dada ou jamaa Goulehssen qui sera le propagandiste en chef en prime time ?
Lekhlifi, et tout ceux qui semblent s’exciter sur des cahier de charge dont il ignoraient
l’existence il y a un mois, devraient plutôt
interpeller les responsables du secteur, Mohamed Ghazali, Faycal Lahrichi ,
Salim Cheikh, Samira Sitail (oui, c’est une institution a elle seule) sur la merde qu’ils nous servent chaque jour, que
ce soit en information, en débat politique en divertissement, en émission
culturelle ou en sport !
Parce que la merde, qu’elle soit servie en arabe ou en
français , en darija ou en dialect chami... a cette fâcheuse tendance de donner envie de gerber devant son petit
écran.